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La librairie franco-américaine Brentano's, fondée en 1895 par Arthur Brentano, a été mise en liquidation judiciaire par son propriétaire, BNP-Paribas le 12 juin dernier et a fermé ses portes il y a quelques jours.


« Nous sommes désolés de vous informer de la fermeture définitive du magasin », c’est ce que j’ai découvert inscrit sur une feuille A4, scotchée sur la vitrine , en me baladant avenue de l’Opéra hier après-midi. Quelques témoignages de sympathie mêlés de souvenirs déjà empreints de nostalgie y figuraient aussi.



Située avenue de l'Opéra, cette librairie historique et anglophone a été prise à la gorge par le propriétaire des murs, BNP-Paribas, et n'a donc pas pu faire face à une augmentation exigée pas son propriétaire.

C'est à la suite d'une décision judiciaire datant de 2006 que la cour d'appel de Paris a accepté l'augmentation de loyer, sur la demande de la banque.

 

BNP Paribas exigeait que le loyer soit porté de 75 000 à 200 000 euros annuel avec effet rétroactif depuis 2001. Brentano’s se retrouvait ainsi avec l’obligation de régler un passif de 650 000 euros et d'assumer des charges presque triplées, situation à laquelle la librairie ne put faire face malgré une négociation avec son débiteur (qui accepta de ramener le loyer à 175 000 euros et le passif à 250 000 euros). D’où une mise en redressement judiciaire en septembre 2008, puis une mise en liquidation judiciaire en juin 2009, suivant celle de NQL (grossiste de livres étrangers fournissant Brentano’s).



Cela m’a fait de la peine. J’ai beaucoup de souvenirs et de livres venant de cette librairie, véritable lieu et pont d’échange entre la culture française et la culture américaine et plus largement la littérature et toutes sortes d’ouvrages anglophones.

 

Mes parents y allaient lorsqu’ils avaient envie de s’acheter un bouquin ou d’en offrir un et nous accompagnaient dans nos envies de découvertes et nos besoins scolaires en nous disant bien souvent « on va aller chez Brentanos, et si jamais ils n’ont pas le bouquin que tu cherches ils le commanderont ».

 

Dans cette librairie merveilleusement achalandée, on trouvait non seulement des œuvres littéraires dans tous les genres mais aussi des ouvrages spécialisés tels que de très beaux livres d’arts, des guides de voyages, des manuels de ceci ou de cela ou encore les meilleurs dictionnaires.

 


C’était un des précieux services toujours accompli avec à la fois bienveillance et professionnalisme des personnes qui nous accueillaient : on pouvait demander conseil, retrouver l’auteur ou le titre d’un bouquin, voir réapparaître celui qui manquait à une collection, car ils avaient fait leur enquête, avait trouvé l’introuvable et l’avait commandé.

 

Un tel achalandage semble avoir un coût ne pouvant plus être aujourd’hui supporté que par de grandes enseignes dégageant des marges nettement plus importantes que celle d’une librairie (2% en moyenne contre 14,4% pour la grande distribution).


« Merci de votre soutien et de votre fidélité pendant toutes ces années », ai-je lu cet après-midi, espérant encore que Brentanos renaisse un jour à Paris (et ailleurs en France ?) alors que la fermeture prochaine de la librairie de France du Rockfeller Center à New York est annoncée. Cet établissement est confronté au même problème que Brentano’s puisque le propriétaire des murs entend tripler un loyer annuel de 360000$.


BNP Paribas Immobilier avait signé en juin dernier la charte de qualité environnementale dont l’objectif est de contribuer au développement de bâtiments performants répondant aux enjeux environnementaux.

Si une charte ayant pour objectif de contribuer à la culture indépendante existait, il est peu probable que BNP y aurait souscrit ... capitalisme oblige.

 

 

Tag(s) : #Humeur

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